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Ce mois-ci, nous allons vous partager un article du journal La Croix : « Quinze présidents d’associations interpellent les candidats ».

Recueilli par Nathalie Birchem et Julien Duriez.
Ecrit le 23 Avril 2017

 » À l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle, « La Croix » a demandé à quinze responsables associatifs de dire quelle serait leur priorité s’ils accédaient à la tête de l’État.

 

« … Moi président, je décréterais l’état d’urgence sociale »

Thierry Kuhn – Président d’Emmaüs

« Si j’étais élu président, dès le lendemain de mon élection, je décréterais l’état d’urgence sociale et solidaire. Cela signifie que je mobiliserais tout mon gouvernement sur cette priorité, avec une feuille de route donnée à chaque ministre.

Très rapidement, je convoquerais des assises de la protection sociale et de la solidarité. Notre modèle de protection sociale, qui date de 1945, ne couvre plus les besoins car il est basé sur le plein-emploi alors que l’accès au travail est devenu chaotique – avec une multiplication des situations de chômage, des contrats courts, de stages, et de travail indépendant.

En particulier, les jeunes qui représentent la moitié des personnes en situation de pauvreté sont très peu protégés. Et de très nombreuses personnes n’ont pas recours à leurs droits alors même qu’ils existent. Il faut donc tout repenser.

On ne pourra faire l’impasse sur une meilleure répartition des richesses en limitant les plus hauts revenus, par exemple au-delà de 20 fois le smic, et en créant un revenu minimum garanti pour sortir chacun de la pauvreté.

Il faudra aussi rendre effectif le droit à l’emploi, non plus en tentant d’adapter les gens à l’emploi mais en créant des emplois sur mesure, qui répondent aux besoins sociaux et environnementaux, comme le fait l’insertion par l’activité économique etl’expérimentation territoires zéro chômeur de longue durée.

Nous inscrirons également le droit au logement dans la Constitution, nous construirons 150 000 logements très sociaux par an et nous encadrerons les loyers. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

«… Moi président, je ferais de l’habitat une grande cause nationale »

Bernard Devert – Président d’Habitat et humanisme

« Moi, président de la République, j’apporterais une attention spécifique à ceux qui ne trouvent pas de place au sein de la société. Aussi ferais-je de l’habitat une grande cause nationale en répondant à trois urgences.

D’abord, il faut réconcilier la nation avec ses cités. Il faut déconstruire les « machines à loger », en partie responsables de la déshérence de ces quartiers, et reconstruire en veillant à créer des équipements et services publics de qualité, à promouvoir la culture et l’éducation et à privilégier un habitat désirable. Ensuite, je mettrais la priorité sur l’aménagement du territoire. 600 000 candidats espèrent un logement décent en Île-de-France. Et 60 000 personnes rejoignent cette région chaque année alors que de nombreuses villes, petites et moyennes, affichent des milliers de logements vacants.

Arrêtons de considérer que seules les grandes villes créent de l’emploi alors que le chômage touche plus de 5 millions de personnes ! L’évolution du numérique permet de voir autrement le rapport au travail.

Enfin, les loyers de l’habitat social doivent être calculés à partir des ressources pour ne pas écarter du logement les plus pauvres. La maîtrise énergétique sera un des premiers chantiers pour réduire les charges. Les surloyers de solidarité seront imposés à ceux qui gagnent plus que le plafond de ressources, et redistribués vers les locataires les plus fragiles pour augmenter leur “reste à vivre”, trop souvent indécent. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, je lutterais contre la précarité alimentaire »

Jacques Bailet – Président des Banques alimentaires

« Si j’étais président, j’aiderais les associations à lutter contre la précarité alimentaire. En France, 4 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire. La moitié de ces bénéficiaires relèvent des Banques alimentaires, qui ont pour mission d’aller collecter des denrées dans les grandes surfaces, chez les industriels ou les agriculteurs, de les trier, de les stocker, et de les distribuer à des associations ou des centres communaux d’action sociale partenaires.

Depuis 2016, la loi Garot oblige les magasins de plus de 400 m2 à donner à une association les invendus et c’est une très bonne chose. Mais, pour parvenir à collecter tous ces produits, de façon à ce qu’ils puissent bénéficier aux personnes qui en ont besoin, il faut que l’État aide plus, y compris financièrement, les associations qui remplissent cette mission de service public. Mais cela aussi peut passer par autre chose que de l’aide financière. Il y a des collectivités locales qui mettent à disposition des locaux industriels non utilisés pour en faire des entrepôts, ou des cantines pour transformer les produits frais en compotes par exemple.

C’est très important car il ne s’agit pas seulement d’aider les associations. Quand on regarde le profil des bénéficiaires, le revenu mensuel moyen par foyer est de 800 € et l’aide alimentaire est de l’ordre de 90 € par mois. C’est autant d’argent qui peut être affecté à d’autres dépenses comme le logement ou l’éducation. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, je ferais de la réinsertion des sortants de prison une priorité »

Hubert de Gabory – Président des Maisons d’accueil L’Îlot

« Aujourd’hui, 60 % des sortants de prison y retournent dans un délai de cinq ans. Il faut se rendre compte que si on réduisait le taux de récidive ne serait-ce que de moitié, on résoudrait le problème de la surpopulation carcérale. Et surtout on réconcilierait avec la société plus de 18 000 des 80 000 personnes sortant de prison chaque année.

Pour lutter contre la récidive, on ne peut plus se contenter de rendre les condamnations toujours plus dures et plus intangibles. La récidive ne peut être combattue que si la peine est complétée par la réinsertion, qui doit donc devenir un objectif prioritaire.

Pour cela, il faut se pencher sur l’après-prison. Il s’agit d’organiser le passage de relais entre la justice et la société elle-même, que ce soit la famille, les services sociaux, les associations, les entreprises, les collectivités territoriales…

Si j’étais président, j’impulserais une coopération étroite entre l’action publique et les acteurs de la société civile. Je fixerais à l’ensemble de la chaîne de la réinsertion l’objectif de prévenir la récidive.

Il faut d’abord que le retour à la liberté ne soit pas une mise à la rue. Il faut en particulier faciliter le rétablissement des droits en matière de santé, de logement, de protection sociale, par la réduction du nombre de guichets concernés.

En matière d’emploi, il y a aussi beaucoup à faire pour encourager les embauches par les services publics et les entreprises. Cela pourrait passer par la création d’une délégation interministérielle en partenariat avec les associations. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, je m’y prendrais autrement contre la pauvreté »

Claire Hédon – Présidente d’ATD Quart Monde

« Si j’étais présidente, je m’y prendrais autrement pour lutter contre la pauvreté. La pauvreté, ce n’est pas seulement monétaire, ce n’est pas seulement avoir moins de 1 000 € par mois pour vivre, c’est aussi ne pas avoir accès aux droits élémentaires que sont le logement, le travail, la santé, la culture, et surtout l’éducation.

Tant qu’une famille n’a pas accès à un logement décent, on ne peut pas l’aider à trouver et garder un travail, on ne peut pas l’aider à améliorer sa santé. De même, si on ne lutte pas contre l’échec scolaire, avec 100 000 jeunes qui sortent chaque année de l’école sans diplôme, on n’arrivera pas à éradiquer vraiment la pauvreté.

On ne pourra donc pas lutter efficacement contre la pauvreté si on continue à saucissonner les politiques. Pour trouver les bonnes solutions, il faut associer les personnes très pauvres à l’élaboration des politiques contre la pauvreté.

De façon concrète, si on prend l’école, il faut non seulement prendre l’engagement que tout élève qui entre en sixième sache réellement lire et écrire. Mais on y arrivera seulement si on développe des pratiques qui parviennent à associer tous les parents, y compris ceux qui pour l’instant sont très éloignés de l’école.

De même, sur la question du logement, il faut non seulement construire plus de HLM, mais aussi adapter les loyers aux revenus des gens. Sur le travail, il faut bien sûr créer de l’emploi, mais il faut aussi développer des dispositifs comme la garantie jeunes, avec une vraie formation à la clé, de façon à ce que cela débouche sur un emploi pour tous les jeunes décrocheurs. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, je soutiendrais l’agro-écologie »

Sylvie Bukhari-de Pontual

Présidente du CCFD

« Moi présidente, je soutiendrais le modèle de l’agroécologie paysanne en France comme à l’international. Il s’agit en effet d’un modèle qui, à l’inverse de l’agrobusiness porté par des multinationales, préserve les revenus des petits producteurs, constituant la majorité de la population dans le monde, et permet une gestion durable des ressources – ce qui est la condition d’un vrai développement compatible avec la préservation de l’environnement.

Pour y parvenir, trois grandes mesures sont à privilégier. D’abord, je ferais en sorte que la France se retire des initiatives internationales dans lesquelles elle est actuellement engagée et qui privilégient les intérêts des multinationales de l’agro-industrie sur ceux des paysans. Je vise en particulier un certain nombre d’alliances censées promouvoir la sécurité alimentaire dans les pays du Sud mais qui, dans les faits, assortissent les aides à l’introduction de certaines pratiques comme les OGM ou certains herbicides.

Ensuite, j’encouragerais des pratiques en cohérence avec l’agroécologie, par exemple la permaculture ou l’agroforesterie, en développant la formation des paysans du Sud. Enfin, et c’est fondamental, il faut inclure dans toutes les politiques agricoles les organisations de paysans et notamment les organisations de femmes qui ont peu de place alors qu’elles représentent la moitié des personnes qui cultivent la terre. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, je ferais le pari de la jeunesse »

Gilles Vermot-Desroches – Président des Scouts et Guides de France

« Si j’étais élu président, je ferais le pari de la jeunesse. Financer son éducation n’est pas un coût mais un investissement. Se préoccuper des jeunes “en périphérie”, notamment ceux qui ne sont ni en emploi ni en formation, est capital : ce sont des talents dont on se prive.

Pourtant, dans notre pays, ce sont les quinquas et plus qui sont aux manettes tant dans la politique, les entreprises que les associations. Du coup, les jeunes peinent à parvenir aux postes de décision.

Néanmoins c’est cette génération qui, parce qu’elle est née avec la transition numérique, dans un monde déjà devenu global, et avec une vision d’une planète aux ressources limitées, a la capacité de penser l’avenir pour inventer ce qui doit l’être, de façon plus collaborative, en réseau, au bénéfice de tous et pour habiter autrement la planète. Il faut donc faciliter leur accès aux responsabilités et pour cela construire un parcours.

J’amènerais le système scolaire à accepter que les enfants et jeunes soient coresponsables de la vie de l’école, du collège, du lycée, de façon à leur donner le goût de la recherche de solutions et de l’engagement au service du bien commun. Et ainsi les inviter à saisir leur rôle dans la société.

J’intensifierais ensuite le service civique, de façon à le rendre non pas obligatoire mais désirable pour tous, par exemple en l’inscrivant dans un parcours de formation et de reconnaissance des compétences. Enfin, je faciliterais leur insertion dans le monde politique en interdisant strictement le cumul des mandats et l’exercice de plus de deux mandats successifs. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, j’organiserais des états généraux de l’éducation »

Bernard Prévost – Président du conseil d’administration d’Apprentis d’Auteuil

« Dès le début de mon quinquennat, j’organiserais des états généraux de l’éducation. Le constat que l’on fait est celui de l’échec de notre système éducatif. Chaque année, 100 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme ; 1,7 million de personnes entre 15 et 30 ans ne sont ni en emploi ni en formation. Et, selon les enquêtes Pisa, nous sommes l’un des pays où les inégalités à l’école sont le plus déterminées par l’origine sociale. Laisser ainsi une partie de notre jeunesse au bord de la route pose un problème majeur pour l’avenir de notre pays.

Avec les états généraux, je compte décréter l’urgence sur cette question. Il faut mettre autour de la table les différents acteurs que sont les professionnels de l’éducation, les syndicats, les représentants de l’État, des collectivités territoriales, mais aussi les associations, les parents, les mouvements de jeunesse et les entreprises.

Je veux mettre la lutte contre l’échec et le décrochage scolaires au centre des priorités. Et je veux fixer comme objectif à l’école de devenir un lieu qui épanouit, qui n’exclut pas, et qui prépare au marché du travail. Les mesures qui sortiront des discussions devront arrêter les politiques éducatives de la prochaine décennie. Avec le souci de mettre les jeunes debout, de les rendre responsables et prêts à vivre leur vocation dans la société. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, je créerais un Fonds pour la démocratie d’initiative citoyenne »

Véronique Fayet – Présidente du Secours catholique-Caritas France

« Moi, présidente, j’organiserais différemment la prise en compte des personnes en situation de pauvreté pour renforcer leur pouvoir d’agir. Je pense que ces hommes et ces femmes ont des choses à dire non seulement sur la question de la précarité mais aussi sur l’ensemble des politiques publiques.

Lors d’une rencontre organisée par le Secours catholique, une des personnes accompagnées nous a dit que “la démocratie, ce n’est pas que les élections, c’est aussi construire tous ensemble des réponses adaptées aux situations rencontrées localement”. C’est exactement ce que ce je veux dire. Il faut donc permettre à chacun de participer au débat public, de donner son avis.

Mais, pour que les habitants d’un territoire urbain ou rural puissent se rencontrer de façon à construire cette parole collective, à mener des actions de défense des droits et à élaborer des contre-expertises, il faut des moyens. Je propose donc, avec le collectif « Pas sans nous », de créer un Fonds pour la démocratie d’initiative citoyenne.

Ce Fonds aurait pour objectif de développer la participation des personnes en précarité au niveau local ou national et de l’ensemble des instances de démocratie participative. Elles pourraient ainsi être associées à de grands chantiers, comme par exemple la réforme de la protection sociale, sujet sur lequel le Secours catholique réfléchit déjà avec des personnes en situation de pauvreté. Il serait financé non pas par une dépense supplémentaire mais par un prélèvement de 5 % sur le budget actuel consacré au financement de la démocratie représentative. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

«…Moi président, je respecterais les engagements de la France en matière de solidarité internationale »

Thomas Ribémont est le président de l’ONG Action contre la faim (ACF). Créée en 1979, l’ONG emploie 2 500 salariés dans les 20 pays où elle lutte contre la faim.

« Moi président, je m’engagerais d’abord à respecter l’engagement de la France à consacrer 0,7 % du produit national brut à l’aide au développement. Alors que l’Allemagne ou le Royaume-Uni arrivent à respecter cet engagement, la France atteint difficilement 0,37 %… Il faudrait aussi rediriger cette aide, aujourd’hui de plus en plus liée aux questions migratoire et sécuritaire, vers les pays les plus vulnérables, dont les populations n’ont pas accès aux besoins prioritaires que sont l’eau, la nourriture ou les soins de santé.

Cela permettrait de lutter contre la faim, qui n’est pas, comme le pensent beaucoup, une fatalité. La faim, l’une des pires injustices faites aux individus, est une question politique, corrélée aux conflits dans le monde, aux États faillis ou encore au réchauffement climatique, contre lesquels le président français a un rôle à jouer et doit prendre ses responsabilités. La fin de la faim est une question de volonté politique.

Je m’engagerais ensuite en faveur du respect du droit international humanitaire. Aujourd’hui, les travailleurs humanitaires sont de plus en plus pris pour cible. Ils ne peuvent pas, dans certains pays en guerre, avoir accès aux populations. Le président français doit avoir une parole forte à l’ONU et auprès de ses homologues pour faire cesser ces violations du droit international humanitaire. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, je créerais un droit à l’activité opposable »

Colonel Daniel Naud – Président de la Fondation de l’Armée du salut

« Sitôt élu, je créerais un DAO, un droit à l’activité opposable. Il faut que toute personne qui le souhaite puisse avoir une activité professionnelle, avec une rémunération juste, afin que chacun puisse se sentir utile et que toutes les forces de la société soient mobilisées. Cette activité doit être à la mesure des capacités de chacun. Pour certains, elle se limitera à quelques heures par semaine.

Ce DAO devra s’articuler avec les dispositifs en cours d’expérimentation. Par exemple le dispositif premières heures, qui devrait s’étendre à toute la France et qui permet de donner quelques heures de travail salarié à des personnes venant de la rue et ne pouvant pas forcément en assumer plus. Ou les territoires zéro chômeur de longue durée, qui recensent les compétences des demandeurs d’emploi d’un côté et les travaux utiles mais non réalisés de l’autre, et les mettent en cohérence en créant les emplois qui correspondent.

Ce type d’expérience va, j’espère, montrer qu’il est préférable, non seulement humainement mais aussi économiquement, de donner une activité aux personnes plutôt que de les cantonner dans l’inactivité.

De façon à développer d’autres solutions permettant de donner du travail à beaucoup de personnes éloignées de l’emploi, j’augmenterais de 20 % chaque année du quinquennat le nombre de postes en contrats aidés dans le secteur de l’insertion par l’activité économique. Cela suppose bien sûr un budget important. Mais c’est une priorité d’intégrer les personnes en chômage de très longue durée. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, je lutterais contre les effets de la solitude »

Michel Lanternier est le président de la Société-Saint-Vincent-de-Paul. Cette association catholique de laïcs, fondée en 1833 par Frédéric Ozanam et présente dans 150 pays, est forte en France de 17 000 bénévoles qui agissent près de chez eux en soutien aux plus fragiles et aux plus isolés.

« Moi président, je lutterais contre les effets de la solitude. Dans notre pays, elle touche 5,5 millions de Français, soit 11% de la population, souvent les plus fragiles et les plus pauvres. C’est près de 3 fois plus de personnes qu’il y a 50 ans.

La Société de saint Vincent de Paul s’est toujours attachée à lutter contre ce qu’elle estime être une très grande pauvreté. C’est pourquoi, depuis sa création et jusqu’à ce jour, ses nombreux bénévoles pratiquent la visite à domicile pour aller à la rencontre de toutes ces personnes qui vivent douloureusement leur isolement.

La lutte contre la solitude a été désignée grande cause nationale en 2011, ce qui a permis de mettre en exergue cette problématique auprès du grand public, mais aussi d’approfondir les raisons profondes et ses impacts sociaux.

Il a été notamment montré qu’elle était la conséquence de la fragilité des liens sociaux et, de façon plus générale, des inégalités de l’intégration sociale. Toutes les catégories de la population, qu’elles soient urbaines ou rurales, sont concernées.

L’isolement social est dès aujourd’hui un enjeu majeur de cohésion sociale, il est temps que les politiques le prenne en compte et en fasse une priorité. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

«… Moi président, je lancerais une concertation sur l’éducation des jeunes enfants »

Sabine Gindre est présidente de l’Association Sœur Emmanuelle (Asmae). Créée en 1980 et présente dans huit pays, Asmae soutient les enfants les plus démunis en favorisant leur autonomie par l’éducation et la protection.

« Si j’étais présidente demain, je lancerais une concertation avec les différents acteurs du monde de l’éducation des jeunes enfants, les décideurs politiques, les acteurs de terrain, les représentants du monde de la santé et de l’éducation.

Dans le contexte actuel d’urgence permanente, d’immédiateté, nous oublions de prendre le temps de penser à l’avenir de nos enfants. Or, les enfants sont les citoyens et la société de demain. Et accompagner une jeune maman malmenée par la vie ou être au côté d’un collectif d’habitants dans un quartier sensible, ça ne se fait pas en un jour.

Nous sommes aussi, à Asmae, très marqués par le cercle vertueux de l’écoute prônée par Sœur Emmanuelle, notre fondatrice. Tous les jours, nous sommes témoins qu’éduquer un enfant prend du temps. Il est essentiel d’échanger, de s’enthousiasmer, de se projeter avec les enfants et leurs parents pour les aider à mener leurs projets. Et d’expérience, lorsque nous prenons le temps de donner la parole aux jeunes en difficulté que nous aidons, ils identifient bien souvent eux-mêmes des pistes de progrès pour avancer.

C’est tout ça que j’aimerais partager lors d’une grande concertation sur l’enfance. On a vite fait d’identifier les faiblesses de nos sociétés. Trouver des remèdes, ça prend beaucoup plus de temps. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

« … Moi président, je créerais des maisons de la fraternité pour réapprendre à vivre ensemble »

Gabriel Nissim est le président sortant de l’Action des chrétiens contre la peine de mort (ACAT-France). Créée en 1974, cette ONG oecuménique forte de 39000 membres a pour vocation la défense des droits de l’homme dans le monde.

« Nous avons récemment avec l’Acat fait un sondage sur l’acceptabilité de la torture et de la peine de mort, qui est en train de remonter en France. 36% des sondés acceptent le recours à la torture dans des circonstances exceptionnelles, contre 25% en 2000. Nous pensons que ce résultat inquiétant est lié à un besoin de sécurité, pas une sécurité globale, mais uniquement la sécurité « pour les siens ».

Ceci s’explique. Notre société fait face à une grande diversité des langues, des religions, des appartenances et je comprends que cette évolution engendre des peurs. Dans ce climat, l’antidote fondamentale passe par le développement de la fraternité, mise à mal aujourd’hui par le développement de l’individualisme. Aucun candidat n’en parle, alors qu’il faudrait en faire un objectif prioritaire !

Moi président, j’inviterais à la création par les mairies de maisons de la fraternité. Il y a quelques années ont été lancées les maisons de la culture. Je pense que le président pourrait créer sur le même modèle des maisons dans lesquelles les citoyens pourraient se retrouver, se rencontrer, penser, manger ensemble de nouveau.

L’urgence, c’est de réapprendre à vivre ensemble. La fraternité est l’antidote à de nombreux maux de notre société, et notamment l’acceptation de la torture, des traitements dégradants et de la peine de mort. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

«… Moi président, je développerais la solidarité Sud-Nord »

François Fayol est le président sortant de la Délégation catholique pour la coopération (DCC). Créée il y a 50 ans, elle envoie 450 à 500 volontaires chaque année pour des missions de solidarité dans des pays du Sud.

« Si j’étais président, je développerais le bénévolat de réciprocité, qui consiste à faire venir des bénévoles des pays du Sud vers les pays du Nord pour y mener des actions de solidarité.

La Délégation Catholique pour la Coopération mène actuellement une expérimentation en invitant des volontaires du Togo et du Pérou en France pour soutenir des actions en France auprès des plus pauvres et des acteurs du handicap.

Cela correspond, comme le dit le cardinal Turkson, président du Conseil pontifical « Justice et Paix », à une forme de mondialisation de la fraternité, et permet de briser des murs et de construire des ponts.

Le bénévolat de réciprocité permet aux bénévoles d’objectiver leur vision du nord, souvent fantasmée, et d’avoir une expérience, qu’ils peuvent ensuite partager de retour chez eux. Pour les associations partenaires en France, ce genre d’action donne à voir des choses positives et permet peut-être de changer d’image sur les habitants des pays du Sud.

Pour que le bénévolat de réciprocité puisse se développer, il faudrait créer un cadre, des financements et permettre un accès plus facile à des visas spécifiques pour les bénévoles. »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

 

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